mercredi 14 décembre 2011

Le pavillon le plus dérangeant

Le pavillon le plus dérangeant me paraît être celui de la Grande-Bretagne.






L'artiste qui est présenté est Mike Nelson et l'oeuvre s'appelle I, impostor. Il reprend une installation réalisée en 2003 pour la biennale d'Istanbul mais finalement, il n'est pas nécessaire pour le spectateur de savoir ce que l'artiste a voulu dire. Son oeuvre lui a en quelque sorte échappé et éveille toute sorte d'émotions et de souvenirs chez le spectateur. 

Nous pénétrons dans le pavillon transformé en squat abandonné. Le spectateur avance doucement dans des couloirs étroits, des pièces insalubres avec des toilettes turques dans un coin pleines de toiles d'araignée. Une pièce éclairée d'une lumière rouge s'avère être un labo photo où l'on peut voir des rangées de photos mises à sécher.

L'impression générale qui se dégage de ce lieu abandonné est un sentiment d'angoisse, d'oppression. Dérangeant mais très beau!

Le pavillon le plus consternant

Le prix du pavillon le plus consternant ( mais pas dans le bon sens) est attribué au pavillon suisse. L'artiste présenté était Thomas Hirschhorn. Je me permets de parler à la première personne et de m'exprimer en mon nom quand je fais une critique négative. En effet, ce n'est que mon opinion et Hirschhorn est par ailleurs très apprécié donc je parle ici de mon point de vue.

J'ai eu l'occasion d'entendre parler de cet artiste dans mes cours et j'ai vu une exposition de lui en plus de la biennale à la galerie Chantal Crousel et à chaque fois, je ne comprends pas. Ou plutôt pour pleinement comprendre le but de son travail, il faudrait passer une journée à lire tous les bouquins qu'il aime et à partir desquels il travaille. Ces livres s'avèrent tous être philosophiques et extrêmement compliqués donc il faudrait plus d'une journée pour les lire et les assimiler.

Parlons donc d'abord de l'exposition Equality float qui se déroulait de septembre à novembre à la galerie Chantal Crousel ( et je vous mets même une photo de l'installation) :



L'exposition se présente comme cela. C'est un char de carnaval sur lequel Hirschhorn a entassé à peu près tout ce qu'il pouvait. Il faut tourner autour et essayer péniblement de lire tout ce qu'il a écrit sur des cartons, des banderoles. Le spectateur lit sur la fiche explicative donnée par la galerie que le char est une allégorie de la communauté qui souligne à la fois ses maux et leurs remèdes, d'où la multitude de pilules jaunes et bleues, ah... C'est une réflexion sur les notions d'égalité et d'inégalité. On nous dit que l'oeuvre "opère l'interaction de contraires, d'essais politiques et d'essais philosophiques (Spinoza, Deleuze, Bataille)". Maintenant, à nous de nous dépatouiller avec ça et d'essayer de faire le rapprochement entre les extraits et les bouts de phrases présentés par Hirschhorn sur le char. On nous dit aussi que le travail de l'artiste est couplé avec le texte du philosophe allemand Marcus Steinweg avec qui Hirschhorn a travaillé depuis dix ans. Mais heureusement, pendant la durée de l'exposition, une bibliothèque proposera au spectateur une bibliographie du travail de l'artiste, des dessins préparatoires et des notes méthodologiques. Chouette! On est rassurés! Nous aurons à nous dépatouiller avec encore plus de textes, de notes et de dessins incompréhensibles. 
Je ne doute pas que le propos de l'artiste engagé soit intéressant mais encore faudrait-il qu'on puisse y avoir accès par des documents intelligibles!

Le pavillon suisse de la biennale intitulé Crystal of resistance :




Le pavillon est rempli du sol au plafond d'un fouillis de choses, fouillis caractéristique des oeuvres d'Hirschhorn mais ne jugeons pas sur l'apparence, je m'intéresse au texte qu'il a fourni pour l'exposition. Le but de son travail est de donner forme au monde aujourd'hui. Il a pris pour cela le motif du cristal car il aime cette image. "L'art - parce que c'est de l'art - est résistance". Ensuite, l'artiste explique les quatre parties de ce qu'il appelle le champ de forme et de force : amour, philosophie, politique et esthétique. Ce sont les quatre catégories qu'Hirschhorn utilise dans son travail.

Finalement, on retient de ce pavillon beaucoup de désordre, beaucoup d'idées mais conne toujours présentées dans tous les sens ce qui fait que l'on n'en retient aucune.





mardi 13 décembre 2011

Le pavillon le plus poétique




Sigalit Landau ( née en 1969 à Jérusalem) est une artiste israélienne très engagée qui a une démarche poétique pour aborder des questions philosophiques ou politiques.

Pour la biennale de Venise, elle représente Israël et son exposition s'intitule "One man's floor is another man's feelings", variation du célèbre dicton : " one man's floor is another man's ceiling" soit en français " le malheur des uns fait le bonheur des autres". En remplaçant ceiling par feelings, elle veut insister sur les relations entre les hommes. Ses oeuvres questionnent en effet le partage des richesses ainsi que l'interdépendance entre les humains.

Depuis déjà quelques années, l'artiste travaille sur un site, considéré comme le plus bas du monde (-456m), la mer Morte. Cette mer située entre la Jordanie, la Cisjordanie et Israël est un lieu qui s'est trouvé malgré lui au coeur des conflits du Moyen-Orient. De plus, la superficie de la mer Morte diminue puisqu'elle s'assèche progressivement au fur et à mesure des années. Cette catastrophe écologique est due à la surexploitation des eaux du Jourdain, sa principale source d'eau douce, à des fins d'irrigation. Une autre cause est l'évaporation considérable de volumes d'eau par les usines de production de sel de la mer Morte.

J'ai sélectionné deux films marquants de son pavillon :
Salted Lake dans lequel elle filme une paire de ses chaussures qu'elle a trempée dans la mer Morte. Les chaussures se retrouvent ainsi couvertes de cristaux de glace et Sigalit les pose sur la glace d'un lac gelé en Europe centrale. On voit petit à petit au cours d'une journée les chaussures s'enfoncer dans l'eau, lourdes du poids de l'histoire conflictuelle du Moyen-Orient. Elle a tourné le film dans la ville révolutionnaire de Gdansk pour évoquer le récent passé solidaire de la classe ouvrière par le biais de ces chaussures de travail.

Mermaids [Erasing the border of Azkelon], 2011 :
Azkelon est un mélange entre Aza (Gaza) et Ashkelon. Ces deux villes partagent une plage mais sont séparées par une frontière. La Bande de Gaza est une des zones les plus peuplées du monde, dont la population est principalement constituée de réfugiés. Ashkelon était peuplée d'immigrants juifs dans les années 50 qui arrivaient de pays arabes. Sur cette vidéo, trois femmes se trouvent sur cette plage et surgissent continuellement des vagues. Elles grattent le sable de leurs doigts puis sont rejetées dans la mer par les vagues à nouveau. 


Le dernier projet en date de Sigalit serait de construire un pont de sel entre la rive jordanienne de la mer Morte et la rive israélienne ( ce qui forcerait les deux pays à gérer ce pont ensemble et à collaborer). Au deuxième étage du pavillon, se trouve une table ronde avec des chaises vides et l'artiste fait entendre avec des haut-parleurs les voix des interlocuteurs absents qui s'expriment sur ce projet de pont. Sur des ordinateurs portable disposés sur la table, on peut voir une petit fille sous la table filmée en train de lier les lacets des chaussures des personnes en train de discuter qu'on ne voit pas. C'est une manière de les forcer à rester jusqu'à la fin du débat.
On retrouve dans la cour en sortant ce cercle de chaussures liées les unes aux autres avec une oeuvre de bronze représentant ce cercle. Belle image de lien !


De la poésie qui permet de faire avancer les choses! Magique!

samedi 10 décembre 2011

Mon pavillon coup de coeur

Le pavillon hongrois est une vraie merveille!

L'artiste Rajnal Nemeth présente Crash : passive interview. Le pavillon forme une sorte de patio avec une cour intérieure. Dans l'espace central de la cour, des plaques d'immatriculation de différents pays européens sont accrochées sur le mur avec des phrases, des questions et des réponses à la place des numéros classiques des plaques.
« Are you free of the past? Are you free of the future?
Are you coming? Are you coming? Yes. »

En rentrant du côté gauche du pavillon, une salle est baignée de rouge, rouge par la lumière, par l'ambiance et la scène tragique qui se présente devant le spectateur. Au milieu, une voiture accidentée, la carrosserie complètement cabossée.
Dans la salle suivante, 12 pupitres sont dressés, un pour chaque acte d'un opéra. Le sous-titre du titre de l'exposition s'avère être Opéra en douze actes. Sur chaque pupitre, une conversation se déroule, principalement faite de questions/ réponses comme les plaques d'immatriculation qui reprenaient ce texte.
Le texte est joué dans la salle suivante dans une vidéo qui nous montre pour chaque acte deux personnages en général dans une usine de voitures (ironie du sort). Les deux ouvriers tiennent un micro et chantent cet opéra dans ce décor industriel improbable. On comprend petit à petit qu'un des deux protagonistes a eu un accident ( d'où la voiture dans la salle rouge) et par des questions fermées auxquelles il répond par oui ou non, son interlocuteur l'amène à raconter cet accident.

Le texte est étrange mais poignant. L'œuvre prend toute son ampleur avec la vidéo. Cette installation est émouvante du fait notamment du ton léger employé pour raconter le drame de l'accident. Le crash de cette voiture devient un opéra! Cet opéra prend comme sujet un accident de la vie quotidienne interrogeant la notion de déterminisme dans l'existence humaine.


Il neige sur les pavillons de la biennale...

J'aimerais commencer, pour aborder les pavillons nationaux à Venise, par le pavillon américain. 
Il a pour commissaire d'exposition Lisa Freiman, responsable du département contemporain du musée d'art d'Indianapolis. Celle-ci a choisi de présenter le projet de deux artistes Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla qui viennent de Porto Rico, une île au large des Etats-Unis. Leur travail, dans la cadre de la biennale, met en avant des notions comme la démocratie, la liberté, l'identité nationale et la compétition internationale.


Le pavillon s'intitule « Gloria ».
Track and field, devant le pavillon, est une œuvre qui se présente sous la forme d' un tapis roulant de gymnastique sur un char de guerre renversé. Trois fois par jour, un sportif olympique vient courir sur le tapis en faisant tourner les roues du char.
A l'intérieur, on peut aussi voir une statue de la liberté allongée dans une machine à UV qui est une réplique d'une statue sur le dôme du Capitole à Washington. Elle a été réduite pour rentrer dans la capsule de bronzage.
Dans la salle de gauche, sont disposés deux sièges de première classe de deux compagnies américaines. Ce sont ici des répliques en bois qui servent d'équipements pour des performances de gymnastes olympiques. Ainsi, les accoudoirs se transforment en poutres ou en barres.
Une autre œuvre s'intitule Algorithm et se présente comme un distributeur d'argent d'une vraie banque installé dans un orgue. Lorsque les visiteurs essayent de retirer de l'argent, les touches produisent des sons d'orgue, c'est, selon la commissaire, « le bruit du commerce international ».
Enfin, dans une salle au fond, une vidéo est projetée intitulée Half-mast, full mast. Elle a été filmée dans une île au large de Porto Rico qui sert de base militaire d'entraînement de la Navy américaine depuis plusieurs années. Un gymnaste met son corps perpendiculairement à un mât, devenant ainsi un drapeau donc un symbole national sans qu'un pays soit précisé.

Dans une interview, la commissaire d'exposition explique qu'elle a choisi ces deux artistes pour la qualité de leur travail en premier lieu mais aussi parce qu'ils s'interrogent sur la notion d'identité américaine. Au moment où la question de l'immigration est brûlante aux Etats-Unis ainsi que la question de savoir qui est autorisé ou non à obtenir la nationalité américaine, ce travail est pertinent. En choisissant un artiste né à Cuba et l'autre né aux Etats-Unis, elle a aussi voulu s'interroger sur l'identité d'un artiste américain. L'exposition s'intitule Gloria comme le mot gloire puisque le propos sous-jacent de ces travaux reste le thème de la gloire : la recherche de la gloire vis-à-vis des arts, de Dieu ou dans les compétitions internationales.

On ne passe pas devant ce pavillon sans s'arrêter, principalement à cause des performances et du bruit saccadé des roues du char lorsqu'elles sont activées. Le pavillon nous attire donc d'abord à cause de ses œuvres tapageuses mais une fois ce côté « tape-à-l'oeil » dépassé, Gloria révèle des problématiques intéressantes et tout à fait d'actualité dans un monde globalisé.

Je lui remets donc le prix du pavillon le plus tape-à-l'oeil.
Un petit aperçu :



mardi 6 décembre 2011

Il neige au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris...

Petite parenthèse pour vous parler de deux expositions que je suis allée voir le week-end dernier.

La première concerne Baselitz, peintre allemand né en 1938 et qui vit aujourd'hui en Bavière. Le musée d'Art Moderne présente son travail de sculpture qu'il commence dans les années 70. Ce ne sont pas des oeuvres souvent montrées, Baselitz est plus connu pour ses peintures à l'image inversée. En effet, à partir de 1969, il décide de retourner les sujets de ses oeuvres (les portrait ont la tête en bas par exemple) pour les vider de tout contenu. L'intérêt est alors porté sur la peinture en soi et non sur le contenu. Contrairement aux multiples expositions de Baselitz, celle-ci montre donc ses sculptures monumentales en bois. Nous nous promenons donc entre des géants de bois, gauches, un peu difformes. Certaines oeuvres ne sont que des bustes ou des têtes.Ces sculptures sont justement bouleversantes par leur matière brute, leur traitement.
 Les ensembles les plus marquants restent ses figures debout ainsi que ses deux autoportraits à la fin de l'exposition. La série des femmes de Dresde est aussi frappante. Elle est composée de treize tête monumentales jaunes toujours présentées ensemble qui évoquent les victimes de la destruction de la ville en 1945. Frappant! Quelques vues pour vous faire une idée :

Les femmes de Dresde, 1989-1990 
 Meine neue Mütze, 2003
Volk Ding Zero, 2009

Très belle expo à voir!

Je ne pourrai pas en dire autant de la deuxième exposition temporaire présentée en ce moment dans le même musée. Le titre : "Any ever", jeu de mots entre anyway et whatever, mots souvent utilisés en anglais. Les artistes : Lizzie Fitch et Ryan Trecartin. Jamais entendu parler, j'étais donc curieuse de voir. On me donne un plan avec des noms marqués sur chaque salle. Impossible de comprendre le sens de déplacement dans l'exposition. En demandant à un gardien, je finis par comprendre qu'il faut faire le tour par la droite pour déboucher sur les six salles qui présentent chacune une vidéo et finir par deux salles avec des sculptures. Déjà passablement énervée d'avoir perdu 20 minutes à essayer de comprendre la scénographie de l'exposition, on ne peut pas dire que j'étais vraiment disposée à apprécier toutes les oeuvres. Chaque pièce présentant un film avait un décor spécifique assez sympathique je dois le reconnaître puisque des écouteurs étaient disposés un peu partout notamment sur des canapés et parfois des hamacs pour regarder confortablement les films. J'ai envie de dire heureusement que nous étions bien installés pour regarder ces personnages ridicules déguisés en jeunes filles, adolescentes ou autres parler à toute vitesse sur une voix haut perchée. Je comprends en lisant les commentaires des vidéos que ce sont des critiques de la société de consommation, des filles complètement écervelées, blablabla. Les artistes font chacun plusieurs rôles portant à chaque fois des perruques pour critiquer à peu près tout : la consommation, la société des média, blablabla. Encore un travail avec plein de messages sûrement intéressants ( et encore) mais noyés dans du rien.
Les deux dernières salles présentent ce que les artistes appellent sculptures. On me dit dans le livret d'explications qu'ils ont commencé par ces sculptures avant de réaliser des films. Hummm... moi je vois des jambes de mannequins de magasin associés à des tuyaux, des chariots, bref un peu tout mis bout à bout. Ils récupèrent en effet des objets de la société de communication pour les coller. Bien, j'ai donc décidé moi-même de devenir artiste et je vais coller des bouts de saucisse avec des pâtes !
Quel dommage d'aller voir des sculptures comme celles-ci alors que celles de Baselitz beaucoup plus poignantes sont dans la salle à côté!
Ces artistes doivent être branchés, je suppose. Dans ce cas-là, je ne le suis pas et j'ai perdu mon temps!

vendredi 2 décembre 2011

Gepetto is back!

Loris Gréaud, Le pavillon Gepetto.

Cette oeuvre est assurément une des plus mignonnes. C'est bien à une baleine géante échouée sur le port de l'Arsenal que fait face le spectateur. En fait, ce n'est pas une baleine mais un cachalot de 17 m de long. Sur son flanc, il possède une petite porte puisque l'intérieur est aménagé comme un petit appartement. Loris Gréaud a suivi exactement les descriptions de Moby Dick pour sa baleine. Le titre fait aussi référence à Pinocchio évidemment. En réservant bien à l'avance, il est possible de faire l'expérience de 24h dans le ventre d'une baleine. Les réservations sont parties comme des petits pains.

Loris Gréaud, Gunpowder forest bubble, 2008

J'en profite pour parler de deux autres oeuvres de cet artiste qui devient très côté sur le marché de l'art en ce moment et je trouve cela tout à fait mérité. Son travail est très intéressant. Loris Gréaud n'a que 32 ans et se fait connaître en 2008 par une exposition qui lui est consacrée au palais de Tokyo intitulée Cellar Door. C'est d'ailleurs à l'occasion de cette exposition qu'est conçue Gunpowder forest bubble. Etant lyonnaise à cette époque-là, ce n'est pas au palais de Tokyo que j'ai pu voir cette oeuvre mais à Venise, au Palazzo Grassi qui contient la collection d'art contemporain de la fondation Pinault. Dans le cadre de la biennale, une exposition intitulée Le monde vous appartient est présentée au Palazzo Grassi, une petite merveille. Cette installation se trouve donc là-bas, dans une salle donnant sur le Grand Canal. Les vitres sont teintées de noir, le même noir qui recouvre les arbres. Nous sommes dans un monde apocalyptique où tout est brûlé. Tout est sombre, la seule lumière provient de la grosse lune éclairant la forêt. 
Magique!