jeudi 26 janvier 2012

Il neige sur...l'Amérique latine!


Puxador [Pilares], Laura Lima, 1998-2011

Laura Lima est une artiste brésilienne qui travaille à Rio de Janeiro. Elle recrée pour la biennale une oeuvre datant de 1998 qui a été jouée tout le long de l'exposition. Un homme nu tire des liens auxquels il est enchaîné comme s'il essayait de détruire l'architecture de la Sucrière. Les liens sont rattachés aux poteaux soutenant l'architecture et l'homme s'emploie quotidiennement à ébranler l'architecture de cette ancienne usine désaffectée. Ce travail s'inscrit dans un projet au long cours intitulé Men=flesh/ Women=flesh qui place le corps humain au centre de la pratique artistique.

El silencio de las sirenas ( le silence des sirènes), Eduardo Basualdo, 2011

Cet artiste argentin a créé cette oeuvre spécialement pour la biennale de Lyon. Régulièrement, un bassin se remplit d'une eau teintée de rouge. Quelques rochers sont disposés au milieu et il est possible pour les aventuriers de s'installer sur un rocher lors de l'écoulement de l'eau pour y rester lorsque l'eau viendra à nouveau remplir le bassin. Pendant quelques minutes, ces spectateurs audacieux resteront donc coincés sur leur rocher, guettant des sirènes ou des baleines ( il est doux de rêver). Aucune sirène à l'horizon, il n'y a que leur silence à entendre. Cette eau teintée de sang ne serait-elle donc pas un avertissement contre nos activités industrielles qui mettraient en danger la diversité sous-marine? Basualdo s'exprime ainsi sur son oeuvre : 

"Si la Lune s'écrasait contre la Terre, une véritable révolution gagnerait par les mers et les océans du monde. Expression maximale de la subversion des eaux. L'eau avancerait en un mouvement lent et imperceptible jusqu'à tout submerger. Docile sous l'influence des astres, elle cesserait d'être un élément domestiqué pour fixer de nouvelles règles au monde. Le territoire de l'eau concerne ce qui est bas, physique, ce qui est contraire au rationnel. Ici, se manifeste un changement de paradigme : l'ordre de l'esprit succombe sous un nouveau système, dont le centre est le corps tout entier. L'eau, douce, s'impose." 
Une oeuvre qui laisse rêveur ! 
 

mercredi 25 janvier 2012

Il neige sur...Michel Huisman

Cet artiste néerlandais présente trois oeuvres à la biennale, une dans chaque lieu. Ce sont toutes les trois des merveilles. Un univers sombre, ironique mais plein de tendresse s'ouvre à nous. Huisman dit lui-même qu'il est avide d'apprendre chaque jour de nouveau, en tentant de conserver l'état d'esprit qu'il avait à l'âge de sept ans. S'il devait inscrire son travail dans un mouvement d'histoire de l'art, il a longtemps hésité entre pré-apo-romantique ou post-apo-romantique. Il a opté pour apo-romantique.

Voici la première oeuvre présentée au sous-sol de la Sucrière. Elle s'appelle N°84 (document 2000 Hiroshima) et date de 2000. Ce petit animal bouge la tête de temps en temps. Il n'a plus de jambes et ses bras n'ont plus de chair. Le titre parle pour lui-même!

Cette série de charmants oiseaux posés sur des étagères s'intitule N°74 (Surrending Birds) et date de 1999. Malgré le sinistre de la situation, Huisman porte un regard doux sur ces oiseaux fatigués et désespérés.


Cette oeuvre intitulée N°64 (The Secret Garden) et datant de 1990 est un peu spéciale. Le visiteur doit lui-même faire l'expérience du jardin secret en mettant sa tête dans une boîte en carton. Et il y voit un petit oiseau qui chante sur une branche. C'est assez fou et très chouette à expérimenter!


La dernière expérimentation à faire pour le spectateur reste l'oeuvre que l'artiste ( présent sur la photo) a créée pour l'usine de Vaulx-en-Velin. Elle s'intitule N°84 ( Le Poisson) et c'est une création pour la biennale. Nous pouvons donc pénétrer, tel Gepetto, dans le ventre de cet énorme poisson pour vivre en autarcie pendant quelques minutes. Les murs, à l'intérieur, sont tapissés de miroirs et une boule disco pend au plafond. Une radio est allumée diffusant des chansons d'une autre époque. Le mobilier est seulement constitué d'un lit ainsi que d'une table et deux chaises. La radio est disposée sur la table et nous pouvons changer de fréquence si le coeur nous en dit. C'est un véritable univers créé pour survivre en cas de catastrophe écologique ou autre. En sortant, nous sommes rassurés de voir que le monde existe encore dehors !

Michel Huisman est une belle découverte de cette biennale! 

mercredi 11 janvier 2012

Il neige sur la biennale d'art contemporain de Lyon...


Et oui, après la biennale de Venise, je me devais de vous parler de la 11e biennale d'art contemporain de Lyon. Lyon, deuxième ville de France, a toujours été dynamique culturellement et artistiquement. Depuis 1991, date de sa création, la biennale d'art contemporain alterne avec la biennale de la danse créée sept ans plus tôt. Cette métropole est donc toujours animée soit par le défilé inaugural de la biennale de la danse, soit par les oeuvres disposées dans quatre lieux pour la biennale d'art contemporain.

Depuis trois ou quatre éditions en effet, la biennale se déroule dans quatre lieux, ce qui n'est pas toujours très pratique. Cette année, la Sucrière ( ancienne usine désaffectée entièrement refaite ) et le Musée d'art contemporain restent les lieux principaux comme à toutes les biennales depuis quelques années mais se rajoutent la fondation Bullukian ( déjà là depuis la dernière édition) dans le centre de Lyon qui abrite trois artistes et l'usine T.A.S.E ( ancienne usine de textile dans la banlieue lyonnaise), nouveau lieu avec quelques oeuvres. Cet éparpillement ne facilite pas la lecture de la biennale. Tourner en rond en voiture pour chercher l'usine TASE au fin fond de Vaulx-en-Velin pour finalement y trouver une dizaine d'oeuvres, c'est peu cher payé le déplacement. 
A part ce petit bémol, les trois lieux principaux situés dans Lyon sont desservis par bateau et c'est vraiment une expérience agréable de naviguer sur le Rhône et la Saône en passant par la Confluence. 

Concernant l'exposition en elle-même, la biennale de cette année est foisonnante de découvertes. La commissaire Victoria Northoorn est argentine et a choisi beaucoup d'artistes d'Amérique latine dont certains ne sont pas encore connus. Il y a beaucoup de talents prometteurs. Elle a choisi comme titre " une terrible beauté est née" en référence à un vers d'un poème de Yeats qui s'appelle "Pâques 1916". Elle l'explique très bien elle-même :



Je vais donc essayer comme pour la biennale de Venise de faire une petite sélection des oeuvres les plus marquantes.

mardi 20 décembre 2011

Il neige sur la fête des Lumières à Lyon ...

J'aimerais évoquer brièvement la Fête des Lumières, à Lyon, tradition depuis le XIXe siècle. Les Lyonnais, au fil des siècles, ont pris l'habitude de demander l'intercession de la Vierge pour une maladie, un blessé, etc. Ils se rendaient pour prier dans une petite église sur la colline de Fourvière. Les pèlerins ont été de plus en plus nombreux, il a fallu alors agrandir l'église et refaire le clocher en 1848. En 1852, la restauration du clocher s'est terminée et on a décidé de placer au-dessus une statue de Marie en bronze doré. La date d'inauguration de la statue devait être le 8 septembre 1852 mais suite à un violent orage, il ne fut pas possible de l'ériger. On reporta donc au 8 décembre, le jour de la fête de l'Immaculée Conception. Il y eut de nouveau des orages mais le soir, la pluie se calma, la statue put être installée et les Lyonnais mirent toute la nuit des bougies à leurs fenêtres. Tous les 8 décembre, depuis ce jour, nous mettons des lumignons à nos fenêtres.

La fête s'est ensuite progressivement étendue sur quatre jours. Outre le 8 décembre avec les lumignons, on peut voir des illuminations et des spectacles sur de nombreux bâtiments de la ville. Pour moi, certaines installations représentent vraiment des oeuvres d'art et je ne raterai cela pour rien au monde comme la Nuit Blanche à Paris.

Petit aperçu :
Jacques Rival, I love clouds, 2011
Il faut rappeler que ce sont toutes des oeuvres inédites conçues chaque année en fonction des différents lieux lyonnais. Ici, la statue de Louis XIV à cheval qui est l'emblème de la place centrale de Lyon (place Bellecour) est presque soulevée dans les airs par une multitude de ballons de baudruche. Magique!

Un petit rappel : Jacques Rival était déjà intervenu en 2007 sur la statue pour la Fête des Lumières et tous les lyonnais s'en souviennent bien.

Malheureusement, cette boule à neige n'avait tenu qu'une seule nuit à cause du vent.



Du ciel à la terre, Géraud Périole, 2011 :
Un ballet de faisceaux entre Fourvière et la passerelle du Palais de Justice pour retracer l'orage de 1852.

Key Frames, Thomas Veyssière du groupe LAPS, 2011 :
La place de la République et son bassin sont arpentés par un personnage lumineux dansant et jouant. Grâce aux lumières, on a vraiment l'impression de le voir bouger.

Le chant de la pierre, Daniel Knipper, 2011 :
Merveilleuse mise en lumière de la façade de la cathédrale Saint-Jean qui vient d'être complètement nettoyée.

A la rencontre du rayon vert, Jean-Luc Hervé, 2011 :
Beau jeu de lumières entre l'église Saint-Georges et le lycée Saint-Just au-dessus.

Transe nocturne, Marie-Jeanne Gauthé, 2011
Les chevaux de la fameuse statue de Bartholdi sur la place des Terreaux s'échappent. La conductrice du char de la Garonne, affolée, part à leur recherche tandis que le bâtiment du musée des Beaux-Arts tangue dangereusement.

Bourrasque, Paul Cocksedge, 2011 :
Des papiers qui s'envolent dans la cour de l'Hôtel de Ville : nos impôts, nos paperasses. Belle vision!

L'ambassade japonaise nous a proposé cette année un défilé de chars intitulé Les lanternes de Fukuno. Les spectateurs suivent ces pagodes lumineuses au son de tambours et de flûtes! Dépaysant et frais!

Finissons par le spectacle qui a apparemment le plus plu : Urban Flipper, Carol Martin et Thibaut Berbezier, 2011. Les spectateurs étaient invités à jouer au célèbre flipper sur la façade du théâtre des Célestins. Ludique mais à mon sens pas le plus merveilleux esthétiquement!

jeudi 15 décembre 2011

Il neige sur JR...

La galerie Emmanuel Perrotin présente jusqu'au 7 janvier une exposition sur l'artiste JR intitulée Encrages. Si vous n'y êtes pas encore allé, courez! Elle vaut vraiment le détour!

Du perron de la galerie, on peut déjà voir un oeil emprunté aux multiples visages photographiés par JR qui l'ont fait connaître. L'artiste se désigne par une initiale car il désire conserver l'anonymat comme Banksy et les autres artistes qui travaillent dans les rues des villes. En 2001, il trouve un appareil photo dans le métro parisien et décide de photographier les gens dans la rue ou même de la rue. Chaque visage qu'il prend raconte une histoire. Il tire ces visages en grand format sur du papier et les colle dans les villes sur les murs.

L'intérêt de l'exposition n'est pas spécialement les photos de ses réalisations dans les différents pays du globe mais surtout les quatre films présentés à la fin. On y voit "The wrinkles of the city " où il a affiché dans la ville de Los Angeles (où il vit) des portraits de personnes âgées en mettant en valeur leurs rides. Pour lui, les rides racontent beaucoup plus que tout ce qu'on peut dire. On voit en même temps, les personnes portraiturées raconter pourquoi elles ont accepté. Tout le monde rêve que son visage sorte de la masse.




Un autre film présente son projet dans les favelas de Rio de Janeiro. Le film est sorti au cinéma en janvier 2010 et a été nominé au festival de Cannes dans la catégorie Caméra d'Or. Il s'appelle Women are heroes et on en avait pas mal entendu parler à l'époque. Il a fait poser devant son objectif quelques femmes de ces favelas pour leur rendre hommage et montrer ce qu'elles font au quotidien pour leur famille. Je vous laisse regarder la bande-annonce :



Il a aussi affiché clandestinement de chaque côté du mur qui les sépare des portraits face-à-face de cinq Palestiniens et Israéliens exerçant le même métier.  Le projet s'appelle d'ailleurs Face2face.



Pour la Nuit Blanche parisienne de 2009, il a aussi décoré un pont et des quais de Paris avec quelques portraits.



Et le dernier projet s'appelle Inside Out. L'artiste a gagné en 2011 le TED Prize qui est donné chaque année à un individu intéressant qui reçoit 100 000 dollars et un "voeu pour changer le monde". Ce voeu lui donne l'occasion d'imaginer et de mettre en place un projet artistique à grande échelle. Il a donc installé des photomatons dans plusieurs endroits de la planète, les gens se prennent en photo et leurs portraits sont tirés en temps réel et en noir et blanc sur du papier grand format. On leur remet leur poster avec leur tête et ils peuvent choisir de le coller où ils veulent : chez eux, dans la rue, au bureau. Les gens peuvent envoyer des photos sur internet pour montrer où ils ont collé leurs visages. C'est un projet d'art global. On fait partie d'un tout. Dans le cadre de ce projet, la galerie proposait un photomaton et je peux à présent contempler ma tête dans ma chambre. Elle est aussi sur le site internet. 

Coucou!

Dans un interview, JR est qualifié de "révélateur d'humanité" par le présentateur et je pense que ce qualificatif ne pourrait pas être plus exact. JR dit lui-même : "Je suis un artiste humaniste pour réconcilier les hommes et les femmes du monde". Aujourd'hui, alors qu'on s'interroge sur le devenir de l'art dans un monde globalisé, voilà un bel exemple de travail artistique qui unifie le monde et se sert de la mondialisation dans le bon sens!

mercredi 14 décembre 2011

Il neige sur le pavillon argentin...

Le pavillon qui montre l'artiste le plus prometteur est sans hésiter le pavillon argentin. L'artiste s'appelle Adrian Villar Rojas et on a déjà eu l'occasion de le voir à la FIAC (Foire Internationale d'Art Contemporain) de cette année. Une de ses oeuvres était présentée dans le jardin des Tuileries.

Poems for earthlings, 2011 :
Son travail aborde le thème de la fin de l'humanité : que restera-t-il après la fin du monde? Cette oeuvre se présente comme une ruine, les vestiges d'une civilisation future.

L'oeuvre qu'il présente à la biennale s'appelle The murderer of your heritage. Le spectateur se promène dans un paysage apocalyptique fait de gigantesques fleurs, champignons de bétons. Des sculptures de moto ou encore de personnages se trouvent dans les arbres. Impressionnant! Je vous laisse vous faire une idée :





Le pavillon le plus dérangeant

Le pavillon le plus dérangeant me paraît être celui de la Grande-Bretagne.






L'artiste qui est présenté est Mike Nelson et l'oeuvre s'appelle I, impostor. Il reprend une installation réalisée en 2003 pour la biennale d'Istanbul mais finalement, il n'est pas nécessaire pour le spectateur de savoir ce que l'artiste a voulu dire. Son oeuvre lui a en quelque sorte échappé et éveille toute sorte d'émotions et de souvenirs chez le spectateur. 

Nous pénétrons dans le pavillon transformé en squat abandonné. Le spectateur avance doucement dans des couloirs étroits, des pièces insalubres avec des toilettes turques dans un coin pleines de toiles d'araignée. Une pièce éclairée d'une lumière rouge s'avère être un labo photo où l'on peut voir des rangées de photos mises à sécher.

L'impression générale qui se dégage de ce lieu abandonné est un sentiment d'angoisse, d'oppression. Dérangeant mais très beau!